12.02.2012

Inapte

 

 

Un jour quand j’avais à peu près 17 mois, la fée du bonheur s’est penchée sur mon lit à barreaux et elle a dit à mi voix mais j’ai très bien entendu : « toi, tu seras inapte au bonheur ».
Quelle connasse.

Tu veux savoir comment elle procède ? Elle a la liste de tous les enfants du monde et elle fait le tri selon des critères très spécifiques . Elle bosse avec ses collègues du ministère, y a celle qui s’occupe de la beauté, l’autre de l’intelligence, enfin tu vois le principe.

Elle s’est mise d’accord avec les autres bourriques. Elle a dit, celle là, filez lui l’intelligence suprême, un physique de rêve, une modestie à toute épreuve, une maitrise absolue de la langue française, et bon, moi je m’occupe du côté obscur de la force. Du coup elle m’a filé l’inaptitude au bonheur.

En fait c’est un genre de handicap moral tu vois. C’est comme boiter ou pas bien y voir, c’est comme pas être foutu de se repérer géographiquement (tiens ? Je crois que j’ai ça aussi), mais c’est dedans.

Ca veut dire que tu peux avoir plein de choses que d’aucuns (il est con ce d’aucun) pourrait t’envier mais que quand même t’es pas bien.

Par exemple : t’es là mais tu voudrais être ailleurs. T’es ailleurs et tu voudrais te cacher dans un trou. T’es dans le trou et tu suffoques pour sortir . T’es sorti et tu veux être là. Quand t’y es tu voudrais aller ailleurs. Comment ça je te saoule ?

Tu es mariée et tu te demandes comment ça serait si tu l’étais plus. Tu te dis que si tu l’étais plus t’aurais envie d’être mariée. La routine te fait chier mais sortie de la routine tu comprends plus rien. T’en as marre d’être chez toi, tu veux partir et voyager. Quand tu voyages t’es heureuse, et tu es malheureuse parce que tu sais que ça va s’arrêter.
Quand tu travailles tu voudrais changer de métier (mais pour info, tu ne sais rien faire). Tu aimes ton boulot et tu le détestes . Tu adores tes élèves et tu voudrais les tuer. Pas virtuellement, non, mais à l’aide de méthodes de torture sophistiquées .

Tu as des enfants et tu penses chaque instant qu’il va leur arriver une atrocité. Qu’ils vont rouler sous un camion. Mourir d’une maladie affreuse. Voire rencontrer  Nadine Morano et finir internés. Tu as des enfants et tu te dis que tu as de la chance parce qu’ils sont en bonne santé, n’ont pas roulé sous un camion et ont soigneusement évité Nadine Morano.  Alors tu te dis que ça va pas durer.

Tu te souviens même de la fois où le gitan de Carcassonne  (le petit), (par opposition au Roumain aux dents jaunes ) (le grand) (allusion finaude à la dernière de Zebda) a failli se faire écraser par la voisine. Tu perds le sommeil si t’es dans ton lit (et t’es dans ton lit car la journée tu cogites sur LE RESTE) tu angoisses et tu te lèves prendre un somnifère (y en a pas chez moi, mais c’est une éventualité à ne pas négliger : en acheter).  Pourtant c’était au moins il y a 3 ans.

Quand tu es devant des choix, et notamment celui qui est le mauvais, tu es irrémédiablement attiré par celui la. Puis tu regrettes atrocement mais c’est trop tard.

Tu voudrais être mieux, plus ceci ou plus cela.  Plus fiable, moins faible, plus déterminée et moins lâche. Tu voudrais être une autre mais les autres t’ennuient.

Heureusement ce ne sont que des exemples, qui ne me concernent pas tellement….

Bientôt un documentaire intéressant sur la gent (qui ne prend pas de E bordel) chevaline, l’ami de l’homme, l’intelligence en plus par rapport à certains (je ne nommerai pas Nadine Morano.)

Salut les ripoux.